Bordeaux : insécurité printanière 2/2

Rixes, homicides, agressions au couteau, vols, et autres violences du quotidien : Rodéo vous donne le pouls des quartiers bordelais.

Indignations genrées

18 mars

Révélée par Rodéo, l’affaire a fait un ramdam national. Souvenez-vous : ce touriste anglais sauvagement molesté rue Chantre, à l’angle du cours de la Marne, filmé depuis un balcon par des riverains civiques. La meute, qui en avait après son enceinte bluetooth, se déchaîne à grands coups de pieds, devant la passivité des témoins, au mieux tétanisés, au pire complices décérébrés. La victime, à peine majeure et complètement bouleversée, ne nous lâche que quelques mots : «Je suis dans un pays étranger et je me fais agresser par des étrangers».Présentée comme une femme, à partir des informations initialement fournies par nos sources intervenantes, la victime est vite oubliée par certains de nos confrères, plus prompts à surveiller la ligne éditoriale d’un concurrent jugé menaçant. Ainsi, le journal 20 minutes dénonce-t-il une fake news : «Une jeune anglaise a-t-elle été  “sauvagement”agressée, cours de la Marne?». Indignes guillemets pour une indigente interrogation. Tandis que la délinquance flambe, les médias dominants dissertent sur le sexe des anges et choisissent encore leurs indignations.

Lacéré pour avoir résisté

23 mars

Peu après minuit, deux albigeois bien torchés montent dans un bus à Bacalan. Non content d’être importuné par les effluves d’alcool, un passager manque de se faire arracher son téléphone portable avant de recevoir pour avoir osé résister, plusieurs coups de couteau au visage et au cou. Bilan : 21 jours d’ITT. Baghdad Abidi, 47 ans, et Farid Allou, 33 ans, les deux filous sans alibi, prendront respectivement deux ans et six mois fermes. Ce qui ne les a pas empêché de minimiser l’inouïe violence de leur geste lors de l’audition. Marquée à vie dans sa chair, la victime n’obtiendra ni regret, ni excuse.

Chienne de vie

5 avril

Flanquée de Lola, sa chienne de race American Bully, une mère de famille se rend chez une amie,  à  Bassens.  Mais  où  est  passée  Lola  ? Après  quelques  heures,  la  panique  s’empare de la maisonnée, qui finit par la retrouver sur Snapchat. Contactés, les auteurs des photos de l’animal prennent très au sérieux leur droit à l’image : il leur faudra payer 300 euros, pour récupérer Lola,  en  plus  du  Photomaton,  le  soir  même à Cenon. Plus maline que ses ravisseurs, la chienne est récupérée sans dommage le soir- même, par des agents de la Bac, prévenus du (piteux) stratagème. Un homme est placé en garde à vue pour tentative d’extorsion, puis relâché par le Parquet, pour qui réclamer une rançon n’est semble-t-il pas un délit. Encore un os à ronger pour les chiens de garde d’une justice aux abois !

Impunité collective

6 avril

Intervention bénigne et réception désormais banale pour une batterie de poulets, parc Palmer, à Cenon. Alors qu’ils intervenaient sur un vol de scooter, les fonctionnaires attirent à eux toute la ménagerie. Une trentaine de jeunes se mettent à leur jeter pierres et autres projectiles variant au cours de leur imagination. Le meilleur dans cette croustillante affaire : seuls deux malfaiteurs seront pincés. Nul doute que les policiers retrouveront le reste de la bande lors d’une prochaine séance de lapidation de fonctionnaires.

Meurtre d’un brave

10 avril

Pierre Sourgen, 68 ans, n’avait pas vocation à la notoriété, ni à se retrouver dans Rodéo. Pourtant, ce paisible retraité, tel que décrit par ses voisins de la résidence LeHameau de Bourbon, à Floirac, a semble-t-il été victime d’un “sentiment” trop palpable d’insécurité. Retrouvé gisant dans le hall d’immeuble, Pierre a succombé à de multiples blessures à la tête, à l’arrivée des pompiers. Rien ne présageait pourtant le sordide forfait, subi par cet habitant de trente ans, qui aimait bricoler l’après- midi dans son garage, comme il le fit ce jour-là. Mais comme l’expliquait un voisin, depuis quelques semaines, « les locaux techniques ont commencé à être squattés par des personnes qui venaient y fumer des joints, boire de l’alcool». In fine, la thèse des marginaux partis en vrille est corroborée, quelques jours plus tard. Quatre hommes et une femme, âgés de 19 à 21 ans, habitant Lormont, Cenon et Floirac, sont suspectés de l’homicide. Selon les premiers éléments, le déchaînement de coups serait parti d’une réflexion de la victime, agacée par les intrusions dans son quotidien de quiétude. Pour Pierre, comme Pierre, ne nous taisons plus jamais.

I want my moto back

13 avril

Un garagiste, à qui l’on vient de confier des bécanes saisies lors d’un rodéo à la Benauge, et à qui on ne la fait pas, reçoit un intriguant coup de fil. « Un sergent de police » prétend s’enquérir de la bonne réception des engins. Flairant l’entourloupe de ce gradé fictif, le consciencieux mécano décide de déplacer les motos cross. Bingo, la fine équipe, qui avait été prise en chasse par les policiers quelques heures plus tôt, est cueillie en train d’escalader la clôture du garage, dans la soirée. Les quatre garnements, âgés de 18 à 27 ans, avaient eu l’audace de venir récupérer leurs joujoux confisqués. Fin de l’épopée en garde-à-vue.