Attaque au couteau à Ginko : des riverains immobilisent l’agresseur, la Police aux abonnés absents.

Nuit du 16 janvier, vers minuit. Malgré le couvre-feu, la fête bat son plein dans un appartement situé au 6e étage d’une résidence du quartier Ginko. Mais tandis que les invités s’enjaillent, un homme (probablement un de leurs amis) est agressé au couteau alors qu’il attend son tram pour rentrer chez lui. Quelques étages plus bas, au chaud dans leur appartement, Laurent et son compagnon, qui regardent sagement leur série, entendent des cris. Ils se précipitent à leur balcon et voient, au niveau de l’arrêt « Berges du Lac », un homme à terre se faire rosser par un individu qui, entre deux coups de pied, l’insulte copieusement. Les fêtards du 6e interviennent à leur tour pour lui prêter main forte et immobiliser celui qui s’avère être l’agresseur. Après avoir rapatrié leur ami blessé dans l’immeuble, ils attendent une dizaine de minutes l’arrivée du SAMU et des pompiers qui vont prendre en charge le poignardeur, bien amoché. Depuis son balcon, Laurent entend quelques bribes de phrases : « Quelqu’un a prévenu la police? » – « Ils arrivent… » – « Qu’est-ce qu’ils foutent ? ». La procédure veut que les sapeurs pompiers attendent la Police Nationale pour constatation. Mais après de longues minutes à patienter, les soldats du feu quittent les lieux en embarquant l’assaillant. Mieux vaut pour eux ne pas traîner dans cette zone proche des Aubiers. Ce n’est qu’aux alentours de 00H50 que les agents de la BAC arrivent finalement après la bataille, tels les carabiniers d’Offenbach, pour interroger les témoins de la scène.

Cet événement n’a, hélas, pas de quoi surprendre tant la situation sécuritaire de l’éco-quartier Ginko s’est dégradée ces derniers mois. « Au début, on trouvait le quartier chouette, paisible et l’idée d’être proche des Aubiers ne nous inquiétait pas », nous dit Laurent. Arrivé d’Agen, tombé amoureux de Bordeaux, il n’imaginait pas être confronté si rapidement à une telle montée de la délinquance et des incivilités : « Dès qu’il fait beau, on assiste à des rodéos urbains cours du Québec. Et le fils de notre voisine a été agressé en pleine journée parce qu’il était manifestement trop maniéré. Trois types l’ont frappé en l’insultant, en lui disant qu’il était contre-nature, qu’il devrait crever et qu’il ferait mieux de quitter le quartier s’il ne voulait pas qu’on lui fasse la peau ». Un climat délétère, renforcé par l’implantation des gens du voyage qui ont transformé la zone en décharge à ciel ouvert : « Le centre de voile du Lac est devenu inaccessible parce que 25 caravanes sont plantés devant et que les déchets s’amoncellent : matelas éventrés, débris de matériel électroménager, carcasses de voitures… ». Et cette tension latente se fait ressentir jusqu’à la porte de sa boulangerie où il entend parfois des conversations surréalistes : «  Des gars qui parlent de leurs petits tracas du quotidien, bagarres, fusillades, règlements de comptes, comme on parle de la météo ». Quant à la police, Laurent ne l’attend plus : «  On en voit un peu plus depuis le meurtre du gamin des Aubiers mais concrètement ça fait plus d’un an qu’ils nous ont abandonnés. Ça donne l’impression que les voyous ont gagné leur guerre de territoire contre les flics ». Alors comme beaucoup d’habitants de Ginko, le jeune couple veut partir, au plus vite. La preuve, s’il en était besoin, de l’échec d’une urbanisation irréfléchie et de l’avènement inexorable d’un nouveau « quartier sensible » à Bordeaux.