Fusillade meurtrière aux Aubiers: un mort et quatre blessés

Ce samedi 2 janvier, en fin de soirée, 5 personnes, âgés de 13 à 36 ans, ont été blessés par balle, dans un scénario qui, selon nos informations, s’apparente à un règlement de comptes entre bandes rivales avec le quartier Chantecrit.

MISE A JOUR – 18h30, 04/01:
Cinq suspects ont été placés en garde à vue cet après-midi, dans les locaux de la DIPJ (Direction interrégionale de la Police Judiciaire), pour meurtre et tentative de meurtre en bande organisée. Ils sont âgés de 18 à 21 ans.

MISE A JOUR – 23h, 03/01:
Il y a eu en réalité deux fusillades. Le véhicule des suspects a tiré une rafale vers 22h30, en direction d’un groupe de jeunes, qui n’étaient pas spécifiquement visés. Le véhicule a opéré un deuxième passage environ 30 minutes plus tard.

Il est 22h50, lorsqu’un véhicule surgit en trombe cours des Aubiers, avant de se stationner place Ginette Neveu. Un ou plusieurs de ses occupants tirent en direction d’un groupe de jeunes, alors que la place fourmille de monde, avec une centaine de personnes, malgré le couvre-feu. A l’arrivée du premier équipage de police, un jeune homme se trouve à terre, en arrêt cardio-respiratoire. Les fonctionnaires procèdent aussitôt aux premiers soins, se relayant jusqu’à l’arrivée des pompiers et du Samu, tandis que la scène de crime est figée, et les lieux sécurisés.

Quatre blessés sont à déplorer. Deux dans un état grave, et deux autres dans un état léger, dont l’un, né en 1985, se présentera de lui-même à la polyclinique de Bordeaux Nord. Le jeune homme dans un état grave, touché au rachis cervical, est transporté au CHU Pellegrin, où il décèdera de ses blessures.

« Les policiers ont tenté de ramener ce gamin à la vie et ont porté secours aux autres, au péril de leur propre vies. Ni violents, ni racistes, justes des hommes », confie à Rodéo un des fonctionnaires ayant participé à la réanimation de la victime décédée.

Selon les premiers éléments de l’enquête, les victimes blessées se seraient réfugiés dans les étages d’une tour, alors qu’un ou plusieurs tireurs seraient descendus du véhicule pour tenter de les éliminer. Une quarantaine de douilles, de calibre 9mm, ont été retrouvées sur place. Elles auraient été tirées d’un pistolet mitrailleur. Les suspects n’ont pas encore pu être identifiés. Le parquet a annoncé ce dimanche après-midi avoir ouvert une enquête pour assassinat. L’enquête est confiée à la Police Judiciaire.

Selon nos informations, il s’agirait d’un règlement de comptes à la suite de la fusillade ayant éclaté le jour de Noël, quartier Chantecrit, lors de laquelle un jeune homme de 23 ans a été blessé.

Une photo de trois jeunes hommes, prétendus suspects, circule actuellement sur les réseaux sociaux, appelant à les retrouver, avec une « grosse récompense à la clé ».

« J’ai jamais vu ça. C’est une guérilla. […] Les keufs ils osent pas rentrer ici […] Ferme la porte à clé! » peut-on entendre sur une vidéo amateur, filmée depuis les étages d’une tour.

Ces derniers jours, le quartier des Aubiers était en proie à de nombreuses violences urbaines. Comme nous le révélions, un adolescent de 16 ans avait été violemment agressé, roué de coups par une quinzaine de personnes, le 30 décembre au soir, près de l’arrêt de tramway Les Aubiers, alors qu’il s’apprêtait à rentrer chez lui. Le visage tuméfié et traumatisé, il avait écopé d’une ITT de 8 jours. Le soir-même, appelés sur des feux de poubelle dans le secteur, des CRS avaient été pris à partie par une quarantaine d’individus, à coups de pierres et de mortiers d’artifice. Le lendemain, nuit de la Saint-Sylvestre, un bureau de poste et plusieurs véhicules ont été incendiés dans le quartier.

Au lendemain de la fusillade meurtrière, l’émoi est vif dans la classe politique locale, et parmi les médias nationaux, qui ont relayé les faits, d’une violence inédite dans ce quartier du nord bordelais, malgré les faits de délinquance graves observés ces derniers mois. « Évidemment que cela a toujours été une cité à problèmes, mais rien à voir avec la violence de maintenant. La violence monte d’un cran, on se rapproche de Marseille et Grenoble », témoigne un ancien habitant du quartier.

« L’irréparable vient d’être commis avec la mort d’un jeune de 16 ans. C’est une horreur absolue et j’ai une pensée pour sa famille. N’attendons pas d’autres drames. Agissons avec force » a réagit ce dimanche matin l’ancien maire de Bordeaux, Nicolas Florian.

La sénatrice et conseillère municipale d’opposition LR, Nathalie Delattre, a elle aussi déploré des faits hélas peu surprenants: « Des années à alerter sur la montée des rixes entre les quartiers Aubiers, Chantecrit, Bacalan. Elus, riverains, monde associatif, police locale…Il faut malheureusement un choc comme celui-ci pour que les hautes autorités comprennent la nécessité urgente de réagir avec vigueur. »

En conférence de presse exceptionnelle, réunie à la mairie de quartier Bordeaux Maritime, ce dimanche matin, le maire de Bordeaux, Pierre Hurmic, a réagit: « C’est une escalade dans ce qu’on peut appeler un banditisme assez organisé et qui ressemble fort à des rixes inter-quartiers avec une escalade autour de trafic d’armes lourdes et automatiques, et c’est un cap qui a été franchi. »

Crédit photo: Rodéo