En roue libre : Bernard de la Villardière

A chaque numéro, son entretien sans blabla ni langue de bois, sur l’actualité du moment. Le journaliste-baroudeur de M6 a écumé les terrains les plus hostiles de la planète. Révulsé par le climat de chez nous, il n’en reste pas moins optimiste.  

Rodéo : Vous connaissez un peu Bordeaux ?

Bernard de la Villardière : Très peu, j’ai un grand père qui en est originaire, j’y suis passé plusieurs fois, mais toujours en coup de vent.

Le phénomène des « MNA », auquel on a consacré notre premier numéro, fait beaucoup parler ici. On imagine que vous connaissez un peu le sujet ?

Assez peu, en fait. J’ai fait un numéro d’Enquête Exclusive là-dessus en Tchétchénie, à l’époque où il venait d’être légalisé en France, au niveau compétition…

Ah il y a erreur Bernard, on ne parlait pas du MMA « Mixed martial arts », le sport, mais bien des « MNA » pour Mineurs non accompagnés…

Aaaah oui les MNA pardon (rires).

Oui désolé, on utilise la dénomination artistique administrative…

J’en ai rencontré oui, dans les camps de réfugiés en Jordanie, en Irak, en Syrie, sur l’ile de Lesbos, mais en France très peu. C’est un vrai drame. Il faudrait s’attaquer aux filières et à ce qui fait que ces gosses partent et leurs familles l’accepte. Le meilleur service qu’on pourrait leur rendre c’est de les prendre en charge, ou de les rapatrier, quand on retrouve leur famille ou leur nationalité, car souvent ils n’ont pas de papiers. Après il y a les faux mineurs isolés, c’est le cas du Pakistanais qui a commis l’attentat contre ce qu’il croyait être le siège de Charlie Hebdo. Mais je pense qu’il y a une responsabilité de certains juges laxistes, qui considèrent que même si c’est un majeur, ce n’est pas grave. C’est fou que la presse nationale s’y intéresse si peu…

En parlant de la presse, vous avez chez les journalistes un peu une réputation de réac. Ça vous fait quelque chose ?

C’est de la bêtise. J’ai cette étiquette plutôt à droite tout simplement parce que je suis pour l’économie de marché. Mais la gauche s’y est converti aujourd’hui… On m’a aussi mis une étiquette d’islamophobe, alors que je suis sans doute le journaliste en France qui est allé le plus au chevet des musulmans victimes à l’étranger, notamment en Afghanistan, en Irak, en Lybie, qui a le plus voyagé à l’étranger depuis 15 ans, qui s’est le plus promené dans les camps de réfugiés… Je trouve ça injuste et ça prouve que c’est un phénomène moutonnier, sans indépendance d’esprit. Ils réagissent comme les chiens de Pavlov, c’est absolument pitoyable et c’est de pire en pire.

Vous trouvez que la presse manque de courage ?

J’ai créé Dossier Tabou sur M6, en 2015. Ça m’a valu d’être un peu bousculé par des dealers en banlieue à Sevran. La séquence a fait le bonheur de la toile, où on m’a accusé d’avoir fait de la provocation parce que j’étais en banlieue pour faire mon boulot quoi… C’est génial quand même, c’est un renversement des valeurs invraisemblable ! En 1991, j’ai couvert pour RTL les émeutes de Sartrouville et ma voiture ciglée au nom de la radio a été retournée et incendiée. Ça avait fait la une du Parisien, et depuis, plus aucune voiture de média ne se balade dans certains quartiers. Je m’étonne que les journalistes ne soient pas aussi scandalisés par la manière dont ils sont traités en banlieue. Peut-être parce qu’ils n’y vont plus en fait…

La police est dans une mauvaise passe en ce moment, vous qui la connaissez bien, vous en pensez quoi ?

Il y a eu le lynchage de ce pauvre producteur de musique, et les policiers méritent une sanction lourde. Sur les problématiques de sécurité, j’ai toujours pensé que la loi est là pour protéger le plus faible et la police pour faire respecter la loi. Pour moi, la police, c’est la défense de la veuve et l’orphelin.

Vous auriez fait un bon flic ?

Oui, ça m’aurait peut-être intéressé. Ou alors juge d’instruction en fait, c’est mon côté fureteur, adorant l’information et l’enquête. J’aurai pu difficilement être procureur, c’est mon côté de gauche, car j’aurai toujours essayé de trouver une circonstance atténuante, même au pire des assassins.

Vous qui avez tout vu, quelle affaire criminelle vous a le plus marqué ?

C’est l’affaire d’Outreau. J’en ai fait un documentaire où je démontrai comment on était passés de l’excès de culpabilité à l’excès d’innocence, comment la machine judiciaire s’est emballée deux fois, dans les deux sens. A l’époque j’en ai pris plein la gueule car les confrères de la presse judiciaire n’ont pas accepté qu’ont les mettent à nu.

Vous semblez remonté contre votre profession, il parait que vous avez un projet pour vous en démarquer ?

Je suis assez en colère contre une partie de ma profession oui. Contre cette petite musique et l’inconséquence d’un certain nombre de journalistes, c’est limite de la veulerie. Je viens de lancer un nouveau média, qui s’appelle Néo. On fait des vidéos comme Brut ou Konbini, mais pas dans la même engeance… On parle de proximité, de territoires, de la France du réel. Des sujets positifs qui créent du lien, loin des polémiques et de la haine, qui est une des denrées les mieux distribuées aujourd’hui via les réseaux sociaux. On essaie de restaurer une fierté nationale. La France n’est pas un pays si mal que ça, celui qu’on nous décrit tous les jours. On veut arrêter les pleurnicheries à la Greta Thunberg et les autres flagellations à la Jean-Luc Mélenchon. On ne parlera pas de la femme à barbe qui refuse de se raser parce qu’elle veut lutter contre le patriarcat, vous voyez…